Intensif et Essentiel : les modalités d'accompagnement des demandeurs d'emploi au sein de France Travail vont changer
- il y a 3 jours
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L'accompagnement des chômeurs à France Travail est aujourd'hui construit autour de trois modalités principales : suivi , guidé et renforcé . Cette segmentation va évoluer autour de deux pôles : Intensif et Essentiel , selon des documents présentés au conseil d'administration , le 25 juin 2026. Les portefeuilles en Intensif ont une taille réduite (50 demandeurs d'emploi ), au contraire de ceux en Essentiel (500). L'idée de la réforme est de " délivrer à l'ensemble des demandeurs d'emploi un socle commun de services , qualitatif
et personnalisé , et faire plus pour ceux qui en ont le plus besoin " .
La direction générale de France Travail présente, à l'occasion du conseil d'administration du 25 juin 2026, un "nouveau modèle d'accompagnement". Les trois modalités en vigueur actuellement (suivi, guidé et renforcé) vont laisser place à deux : Essentiel et Intensif. Dans le nouveau modèle, la cible est de 80 à 85 % des demandeurs d'emploi en "Essentiel", dans des portefeuilles de 500 demandeurs d'emploi. 15 à 20 % seraient en "Intensif", dans des portefeuilles de 50.
"Accompagnement socle et périodes intensives"
Le modèle "s'articule autour de la complémentarité entre accompagnement socle et périodes intensives", souligne le document présenté. Le socle "Essentiel" doit permettre d'adresser "à grande échelle des besoins personnalisés", comme le projet professionnel, les techniques de
recherche d'emploi ou les opportunités. Ce socle s'appuie aussi une "mise en collectif" des demandeurs d'emploi ainsi que sur des "facilités d'échange à distance". En parallèle , la nouvelle construction prévoit des "périodes d'accompagnement intensif massifiées". Cet accompagnement doit être mobilisé "au moment où il apporte le plus d'impact".
L'entrée et la sortie de l'intensif doivent s'appuyer sur des "critères assurant la continuité du parcours". L'idée est, en effet, d'assurer une "fluidité" entre les modalités alors que les demandeurs d'emploi bougent peu dans la configuration actuelle. "L'accompagnement dit 'intensif' tel que prévu par le CNE, avec des portefeuilles à 50 demandeurs d'emploi et deux contacts par mois. Cela permet une approche très individualisée du demandeur d'emploi, pour comprendre ses motivations, ses capacités. C'est une approche qui s'est nourrie de l'expérience du CEJ, de l'accompagnement global, des expérimentations RSA... ", expliquait Jean Dutoya, directeur de l'accompagnement des demandeurs d'emploi au sein de la direction générale de France Travail, dans un entretien accordé à AEF info en octobre 2025.
Pour "éviter toute perte de suivi", France Travail promet des "mécanismes d'identification et de priorisation des situations en risque de décrochage", notamment via le suivi d'indicateurs. Le conseiller doit, lui, être soutenu "dans ses décisions", par exemple via des "bilans en ligne" ou des outils d'automatisation, souligne le dossier.
Davantage d'accompagnements intensifs
"L'augmentation de la taille des portefeuilles Essentiel, qui maintient l'accès à l'emploi des demandeurs d'emploi, permet de renforcer l'accompagnement intensif qui a un impact positif sur constants, la réallocation devrait permettre de réaliser 60 000 retours à l'emploi supplémentaires par an", précise le document. La question des moyens est cruciale à France Travail, qui met en oeuvre la loi "Plein emploi" et dont les effectifs sous plafond ont diminué cette année. "Même avec cette évolution, la couverture de l'accompagnement intensif reste inférieure au besoin", constate l'opérateur. Il table sur 1,1 à 1,5 million d'entrées en intensif par an avec ce nouveau modèle. Pour 2026, la cible est fixée entre 700 000 et 800 000, selon les informations données en début d'année par le directeur général, Thibaut Guilluy.
Essentiel : "Peu ou pas de dégradation" de qualité
Pour justifier ce modèle, France Travail s'appuie sur les impacts mesurés de l'accompagnement intensif sur le retour à l'emploi. Ainsi que sur les enseignements des agences pilotes, qui ont déjà testé les nouvelles modalités. "Les portefeuilles Essentiel sont significativement plus gros que les portefeuilles témoins, avec peu ou pas de dégradation de qualité de service. Notamment
pour les agences avec de l'ancienneté sur ce modèle", peut on lire dans le document.
Plus précisément, l'impact sur l'accès à l'emploi du passage suivi/guidé est estimé à 0,1 point pour les agences avec davantage d'ancienneté et 1,1 point pour celles qui en ont moins. Cette différence "suggère qu'il existe un coût d'entrée", que l'opérateur compte réduire avec l'accompagnement des agences et le développement d'outils.
La part des demandeurs d'emploi de catégorie A qui ont reçu un service (événement, prestation, formation...) ou ont eu en entretien est toutefois inférieure si on compare Essentiel aux modalités actuelles Suivi/guidé ( 2,9 points). Cette différence est "principalement portée" par la baisse de la part de demandeurs d'emploi qui ont eu un entretien avec leur conseiller ( 4,3 points).
"Un modèle qui peut évoluer selon les besoins"
"Ce modèle cible est un cadre national, qui pourra être amené à évoluer en fonction des besoins", explique la DG dans le document. Une augmentation de la part des demandeurs d'emploi en Essentiel ou en Intensif pourrait ainsi être décidée. Dans les conditions de réussite, la direction générale note qu'il ne faut pas aller au delà de 700 demandeurs d'emploi par portefeuille Essentiel. Sans quoi une "dégradation de l'accès à l'emploi est observée". De même, pour les portefeuilles Intensifs qui seraient au delà de 60.
À partir des décisions nationales et du dialogue social, une préparation est envisagée "jusqu'à l'automne prochain" puis un "déploiement par vagues successives" jusqu'au printemps 2027. Un "suivi régulier" des effets doit être présenté au conseil d'administration.
L'opérateur insiste sur l'importance de soutenir les conseillers et les agences dans ce changement, ainsi que de leur fournir des outils adaptés. Le conseiller pourra, par exemple, s'appuyer sur des "actions groupées" pour envoyer des offres ou déclencher des relances. La DG cite aussi le recours à l'IA pour rédiger des conclusions d'entretien ou trier des mails entrants. Dans les agences pilotes, les "conseillers Essentiels expriment davantage de difficultés que les conseillers Intensifs en termes de charge de travail", remarque la direction générale.
Actuellement, trois modalités
La direction générale a relevé quatre "constats clés" qui, selon elle, sont à l'origine de la réflexion pour faire évoluer le modèle actuel. D'une part, l'accompagnement intensif "a fait ses preuves sur le retour à l'emploi". D'autre part, la modalité "guidée" n'est pas si différente, en pratique, de la modalité "suivi". Par ailleurs, l'opérateur conduit une "évolution significative" des outils du SI (système d'information) qui "permettent de repenser les parcours". Enfin, cette réforme s'inscrit dans un "cadre partenarial nouveau" avec le réseau pour l'emploi, ce qui implique de "s'articuler" avec les offres des partenaires.
Les trois modalités actuelles correspondent à une orientation selon le profil et les besoins : l'accompagnement renforcé, à destination des personnes les plus éloignées de l'emploi, qui ont besoin d'entretiens physiques réguliers avec leur conseiller. l'accompagnement suivi, pour les demandeurs les plus autonomes et proches du marché du travail et l'accompagnement guidé, pour les situations intermédiaires.
Au 30 juin 2024, la taille moyenne des portefeuilles "renforcés" était autour de 92 demandeurs d'emploi, de 224 pour les portefeuilles "guidés" et de 432 pour les portefeuilles "suivis". Des moyennes qui donnent un ordre de grandeur mais cachent des réalités très variables selon les territoires.
Toutefois, il est net que les tailles de portefeuilles étaient plus élevées que l'ambition affichée au départ. À l'origine, l'idée était plutôt d'avoir des portefeuilles inférieurs à 70 demandeurs d'emploi pour l'accompagnement renforcé. Pour l'accompagnement "guidé", le conseiller devait détenir
un portefeuille comprenant entre 100 à 150 personnes. Pour la modalité "suivi", il était plutôt envisagé 200 à 350 personnes.
Inquiétude du côté des syndicats
AEF info a publié, en octobre 2025, une dépêche sur ce nouveau modèle d'accompagnement. Nous avions interrogé des organisations syndicales représentant les agents de France Travail, qui se montraient inquiètes.
Les deux pôles "créent les conditions d'une inégalité de traitement pour les usagers mais aussi pour les agents de France Travail", déplorait Guillaume Bourdic, représentant syndical CGT. "Pour l'accompagnement intensif, il y a une pression sur les demandeurs d'emploi et les conseillers pour que les demandeurs d'emploi reprennent un travail, en fonction des besoins en
main d'oeuvre du patronat local. De l'autre côté, avec les portefeuilles [Essentiel], les collègues peuvent uniquement gérer les priorités et mettre en oeuvre des dispositifs collectifs", remarquait - il.
Même son de cloche pour la FSU Emploi. "Nous disons, depuis toujours, que mettre des moyens et du temps pour l'accompagnement porte ses fruits. Mais là, ces portefeuilles 'intensifs' signifient des portefeuilles à 500 ou 1 000 demandeurs d'emploi de l'autre côté. Ce n'est pas tenable. Ce n'est pas parce que les personnes ne sont pas 'en intensif' qu'elles n'ont pas besoin
de nous", soulignait Vincent Lalouette, secrétaire général adjoint FSU Emploi.
Source : AEF - 26 06 2026

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