Insertion des détenus : l'Afpa généralise l'entretien socio-professionnel en prison
- 11 févr.
- 2 min de lecture
Le ministère de la justice fait appel à l'Afpa (Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes) pour conduire des entretiens socio-professionnels avec les détenus entrant en détention. Objectif : faire un point sur leurs compétences et leur projet afin de mieux travailler l'insertion professionnelle avant la sortie. Après 18 mois d'expérimentation concluante, le dispositif est en cours de déploiement dans tous les établissements pénitentiaires.
Dès leur arrivée, les détenus sont invités à se projeter vers l'avenir. C'est le pari de l'entretien socio-professionnel déployé par l'Afpa à la demande de l'Agence du travail d'intérêt général et de l'insertion professionnelle (Atigip), qui dépend du ministère de la justice. Après une expérimentation menée dans 24 établissements pénitentiaires depuis début 2024, le dispositif doit couvrir l'ensemble des 107 prisons d'ici l'été 2026.
Un diagnostic professionnel dès l'entrée
Conçu par l'INETOP-Cnam, l'entretien prend la forme d'un face-à-face d'une heure, proposé à tous les détenus majeurs à leur arrivée. Réalisé par des professionnels de l'Afpa formés au contexte carcéral, il retrace le parcours scolaire et professionnel, identifie les compétences, les freins et appétences, et amorce un projet professionnel.
« Il est essentiel de mieux connaître les parcours socio-professionnels des personnes détenues pour préparer efficacement leur sortie », souligne Bruno Clément-Petremann, directeur de l'Atigip. L'échange s'appuie sur des outils pédagogiques comme le photolangage. Une synthèse est ensuite transmise sous cinq jours aux conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation (CPIP), avec des préconisations.
Un levier pour orienter vers la formation
Entre janvier 2024 et juin 2025, 10 000 entretiens ont été réalisés, avec des retours positifs. « Cet espace de parole centré sur l'avenir est très apprécié des détenus, observe Ugo Douard, directeur national des relations institutionnelles de l'Afpa. Les CPIP y voient aussi un outil précieux pour orienter vers les dispositifs existants ».
Les préconisations peuvent mener à une remise à niveau, une formation qualifiante en détention – CAP, maintenance des locaux, bureautique, logistique – ou un accompagnement par France Travail. « Plus de 50 % des détenus n'ont aucune qualification. Cet entretien permet de les positionner sur les bons parcours, selon l'offre disponible », précise Bruno Clément-Petremann.
Une offre encore limitée
L'offre reste toutefois restreinte. Environ 15 % des détenus suivent une formation en détention, avec de fortes disparités régionales, la compétence relevant depuis 2015 des conseils régionaux. Près de 30 % exercent un travail rémunéré, dont certains au sein des structures d'insertion par l'activité économique créées en milieu carcéral depuis 2019.
En fin de peine, environ 15 % des détenus bénéficient d'un entretien avec un conseiller France Travail. Une convention prévoit la mise à disposition de 70 équivalents temps plein, un nombre jugé insuffisant. « Il faudrait davantage de conseillers pour élargir cet accompagnement », souligne Bruno Clément-Petremann.
L'insertion professionnelle est désormais considérée comme un pilier de la prévention de la récidive. « La généralisation de ce dispositif montre que l'Afpa peut répondre à une mission de service public exigeante », conclut Ugo Douard.
Source : Centre Inffo - 11 02 2026

Commentaires